Certains lieux ne se visitent pas. Ils sont trop loin, trop étroits, trop fragiles, sous l'eau, en activité, ou fermés par décision de leur gestionnaire. La captation 360° et la réalité virtuelle donnent à ces endroits une seconde adresse : celle où le public peut entrer.

Trois familles de lieux fermés

Elles ne posent pas le même problème et n'appellent pas la même réponse.

Les lieux physiquement hors d'atteinte

Une galerie souterraine, une épave par trente-huit mètres de fond, une nacelle en hauteur, une salle des machines. L'accès existe, mais il suppose un équipement, une qualification ou une condition physique que le visiteur n'a pas.

Nous avons commencé par là. En 2013, subOceana, notre société d'origine, reconstitue en 3D le tombant rocheux où vit le cœlacanthe, par 120 mètres de fond, à partir des images rapportées par l'expédition Gombessa de Laurent Ballesta. Nos équipes modélisent l'environnement et placent le spectateur exactement là où se tenait le plongeur. Y aller pour de vrai suppose une équipe spécialisée et environ cinq heures de paliers de décompression pour trente minutes au fond. À l'époque, moins de personnes avaient vu un cœlacanthe vivant qu'il n'y avait eu d'êtres humains à marcher sur la Lune.

L'expérience tourne sur Oculus Rift DK1 au 40e Festival Mondial de l'Image Sous-Marine de Marseille, fin 2013, puis au Salon International de la Plongée Sous-Marine de Paris en janvier 2014. Des milliers de visiteurs y font leur première plongée à 120 mètres, et pour beaucoup leur première expérience de réalité virtuelle tout court.

Visuel de l'expérience Plongez avec le cœlacanthe de subOceana : le modèle 3D filaire du poisson et une visiteuse en casque Oculus Rift
Plongez avec le cœlacanthe, 2013 : l'environnement à 120 mètres de fond, reconstitué en 3D par nos équipes à partir des images de l'expédition Gombessa.

Le parc éolien que nous avons filmé pour le Groupe IEL en donne une autre mesure. Une éolienne se visite en théorie : en pratique, il faut une habilitation, un harnais et l'envie de monter dans un mât. Le film 360° emmène le public là où personne ne le conduira jamais : à hauteur de rotor par survol drone, puis à l'intérieur de la machine, en suivant un technicien du groupe. Des étiquettes 3D nomment les organes au fur et à mesure, et des chiffres clés s'affichent : puissance installée, foyers alimentés, CO₂ évité.

Vue à 360° à hauteur de rotor d'une éolienne du Groupe IEL, avec une étiquette 3D nommant la pièce
Parc éolien du Groupe IEL : le survol drone amène le spectateur à hauteur de rotor, et les étiquettes 3D nomment chaque organe de la machine.

Les visiteurs ont pu découvrir l'intérieur d'une éolienne en suivant l'un de nos collègues au cœur de la machine. Une expérience de 4 minutes en totale immersion.

Marion Latour, Communication et RSE, Groupe IEL

Les lieux interdits pour préserver le site

Grottes ornées, réseaux karstiques, sites archéologiques, réserves naturelles, et les collections cachées au fond des musées, que le public ne verra jamais accrochées. Ici, l'interdit protège : chaque passage de visiteur modifie l'équilibre du lieu. Aucun aménagement ne lèvera cette barrière, parce qu'elle est la raison même de la protection.

Les lieux dangereux, en activité, ou disparus

Une usine en fonctionnement, un chantier, une zone à risque. Et le cas le plus définitif : le site qui n'existe plus.

Les sites industriels de SUEZ illustrent le premier cas. Centres de tri, usines de valorisation énergétique des déchets, usines de traitement des eaux usées : ces installations tournent en continu, et les contrats de délégation de service public demandent pourtant d'expliquer au public ce qui s'y passe. Nos parcours pédagogiques immersifs placent le spectateur devant le four à 850 °C sans lui faire franchir la moindre consigne de sécurité, pendant que des tracés animés suivent le chemin des déchets d'un poste à l'autre.

Vue 360° de l'intérieur d'une usine de valorisation énergétique SUEZ, avec des tracés animés nommant le four à 850 °C, les rouleaux et l'extracteur de mâchefers
Usine de valorisation énergétique SUEZ : le four, les rouleaux et l'extracteur de mâchefers nommés en surimpression dans l'image 360°.

Un cas d'école : la Caverne de Saint-Léonard

La Caverne de Saint-Léonard, à Montréal, réunit les trois familles à elle seule. Le calcaire dans lequel elle s'est formée date de l'Ordovicien, environ 450 millions d'années. La cavité, elle, a été ouverte par la pression des glaciers il y a quelque 15 000 ans. Elle est classée site patrimonial depuis 1989 et gérée par Spéléo Québec, la Société québécoise de spéléologie.

En 2017, les spéléologues Luc Le Blanc et Daniel Caron ouvrent une nouvelle section : le développement connu passe de 35 mètres à près de 400 mètres de galeries. Le public, lui, n'en parcourt qu'une fraction. La section découverte en 2017 reste fermée pour des raisons de conservation et de sécurité, et seule sa première galerie a été intégrée au parcours de visite au printemps 2026. Une partie du réseau est submergée et ne se franchit qu'en embarcation.

Galerie noyée de la Caverne de Saint-Léonard filmée à 360° depuis un kayak, un second kayakiste devant
La partie noyée du réseau, filmée à 360° depuis un kayak. Aucun parcours de visite ne mène ici.

Même la portion ouverte filtre son public. Voici ce que Spéléo Québec demande pour descendre :

  • Parcours Découverte : 6 ans et 110 cm minimum, 1 h 30 sous terre, avec des sections à franchir accroupi
  • Parcours Aventure : 10 ans et 130 cm minimum, 3 heures, bonne endurance, progression sur barreaux et manipulation de mousquetons
  • Le harnais impose un tour de taille maximal de 120 cm
  • La saison : la caverne ouvre l'été, sur réservation, en groupes guidés
  • Le passage : un puits vertical de cinq mètres à échelles fixes

Ces conditions sont légitimes : elles tiennent à la nature du lieu et à la sécurité des visiteurs. Elles dessinent aussi, en creux, le public qui restera dehors.

Spéléologue accroupi dans une galerie basse de la Caverne de Saint-Léonard, casque et combinaison
Casque, combinaison, progression accroupie : la liste des conditions d'accès tient dans une image.

Ce que le casque change, condition par condition

L'argument habituel de la VR culturelle porte sur le handicap moteur. Il est juste, et il est trop étroit. Repris ligne à ligne, la liste ci-dessus tombe entièrement : la taille, l'âge, le gabarit, l'endurance, la saison, la réservation, le déplacement jusqu'à Montréal. Et la seule barrière qu'aucun aménagement ne lèvera jamais, l'interdit de conservation, tombe aussi : filmer une galerie fermée ne l'abîme pas, et la montrer n'y fait entrer personne.

S'y ajoute un renversement de logistique. Le site ne peut pas se déplacer, l'expérience si. Spéléo Québec emmène la caverne dans les écoles, les musées et les événements avec des valises easybox360, qui fonctionnent sans connexion Internet.

Le conservatoire virtuel du patrimoine

Reste le cas des lieux qui disparaissent. Nous portons depuis 2009 l'idée d'un conservatoire virtuel du patrimoine : capter un lieu tant qu'il est là, pour en garder une trace immersive explorable après lui.

L'épave du P-38 Lightning des Lecques en est la démonstration. Cet avion de la Seconde Guerre mondiale, posé par 38 mètres de fond depuis 1944, a été détruit par un yacht au mouillage. Il ne subsiste aujourd'hui que dans Débarquement de Provence 360°, une expérience que nous avons co-réalisée avec Turtle Prod : Nicolas Barraqué a signé les images sous-marines, nous avons scénarisé le parcours sur la plateforme. La captation n'avait pas été pensée comme un archivage. Elle en est devenu un.

Épave du P-38 Lightning des Lecques par le fond, hélice concrétionnée et poissons
Le P-38 des Lecques avant sa destruction. Cette captation 360° est aujourd'hui la seule façon de le visiter.

Qui filme ces endroits

Test en casque VR de l'expérience de la Caverne de Saint-Léonard, avec une valise easybox360
L'expérience de la Caverne de Saint-Léonard en test, diffusée par valise easybox360.

Ces tournages demandent un métier, et la répartition des rôles change d'un projet à l'autre. Le parc éolien du Groupe IEL et les usines SUEZ, nous les avons filmés nous-mêmes, pour nos clients. Débarquement de Provence 360° est une co-réalisation : Turtle Prod a filmé, nous avons scénarisé. La Caverne de Saint-Léonard, elle, n'entre dans aucune de ces deux cases.

Nathalie Lasselin, d'Aquanath Studios, et Nicolas Barraqué, de Turtle Prod, ne sont pas des prestataires que nous envoyons sur le terrain. Ce sont des professionnels indépendants : sur leurs propres projets, ce sont leurs réalisations, leurs clients, leur signature. Ce que nous leur fournissons, c'est la plateforme easystory360 et le matériel de diffusion qui va avec : les valises easybox360 et leurs casques VR, les tablettes de pilotage, les bornes easykiosk360. Ils s'en servent pour vendre et livrer leurs propres prestations. Spéléo Québec ne s'est pas adressé à nous, mais à Nathalie Lasselin, dont la signature tient en une phrase : explorer l'inaccessible, filmer l'impossible.

Exploratrice et cinéaste sous-marine, elle a plongé dans les eaux de plus de 60 pays et s'est spécialisée dans les grottes submergées, les épaves et l'Arctique canadien. Elle a été intronisée au Women Divers Hall of Fame en 2018, est Fellow de l'Explorers Club et de la Société royale de géographie du Canada, et a signé quatorze films distribués dans 25 pays, avec des tournages pour Discovery Channel et National Geographic. En 2018, elle a mené l'Odyssée urbaine aquatique : plus de 30 heures de plongée continue sur 70 km autour de l'île de Montréal, doublées d'une mission scientifique avec six chercheurs de l'Université de Montréal.

Pour la caverne, elle a choisi easystory360 et mené le projet de bout en bout : tournage 360°, scénarisation interactive et mise en ligne, sans développeur. C'est exactement le partage que nous recherchons avec nos partenaires. Le terrain, l'œil, le récit et la relation client leur appartiennent. Nous fournissons la plateforme qui transforme leurs images en expérience publiable, et le matériel qui l'emmène là où se trouve le public. Nicolas Barraqué travaille de la même façon sur ses propres projets sous-marins.

Prise de vue équirectangulaire brute d'une galerie de la Caverne de Saint-Léonard, avec une échelle appuyée contre la paroi
Le point de départ : une prise de vue 360° brute, déroulée à plat. L'échelle donne la mesure de l'accès réel au lieu.

Par où commencer

Si vous gérez un site dont une partie ne se visite pas, la question à poser en premier n'est pas technique. C'est : qu'est-ce que mes visiteurs ne verront jamais, et qu'est-ce que ça leur coûte ? La réponse dessine le tournage.

La suite est documentée : notre étude de cas Spéléo Québec détaille le déroulé complet du projet, et la page culture et tourisme rassemble nos autres réalisations patrimoniales.