L’endométriose est souvent décrite comme une maladie invisible. Invisible à l’œil nu, difficile à expliquer, parfois longue à diagnostiquer. Pour les patientes, cela peut créer une double peine : souffrir, puis devoir prouver que la douleur est bien réelle. C’est ce qu’a vécu Aga Mizgala, 34 ans, à Londres. Pendant environ sept ans, elle a supporté des douleurs pelviennes qu’elle décrit comme “un million de petites aiguilles”.

À l’hôpital Chelsea and Westminster de Londres, une nouvelle approche attire l’attention : l’utilisation de la réalité augmentée en consultation préopératoire. L’idée est simple à comprendre, mais puissante : permettre à la patiente de voir un modèle anatomique 3D précis de ses lésions, dans un espace partagé avec le médecin. Au lieu d’un dessin rapide sur une feuille, la maladie devient visible, localisée, presque tangible.

Ce cas, relayé par Nweon à partir d’une source BBC, dépasse largement le seul sujet de l’endométriose. Il montre comment les technologies immersives peuvent améliorer la compréhension, la confiance et la préparation psychologique dans un parcours médical complexe. Et cela concerne aussi la formation, l’industrie, le commerce ou le tourisme, dès qu’il faut rendre clair ce qui est difficile à voir.

Quand une maladie invisible devient visible

Selon l’Organisation mondiale de la santé, environ 1 femme sur 10 est touchée par l’endométriose. La maladie se caractérise par la présence de tissus semblables à la muqueuse utérine en dehors de l’utérus. Elle peut provoquer des douleurs importantes, des troubles digestifs, urinaires ou une infertilité. Mais surtout, elle peut être difficile à identifier.

Le parcours d’Aga Mizgala illustre cette difficulté. Elle raconte que la douleur était présente “du réveil jusqu’au coucher”, au point de l’empêcher de se concentrer au travail et de l’obliger à prendre des congés. En 2023, elle a passé une laparoscopie diagnostique, sans obtenir de réponse claire. Elle a ensuite essayé plusieurs options : médicaments, acupuncture, kinésithérapie du plancher pelvien. Sans succès.

Ce sentiment d’errance n’est pas isolé. D’après un rapport récent de l’association Endometriosis UK, 39 % des répondantes indiquent qu’il a fallu 10 visites ou plus chez un généraliste avant que l’endométriose soit suspectée. Pour une patiente, cela signifie souvent des années de doutes, de douleurs banalisées et de phrases comme “prenez un antidouleur, ça ira mieux”. Aga Mizgala le dit clairement : elle s’est souvent sentie ignorée par le système de soins.

Dans ce contexte, la réalité augmentée ne remplace pas l’expertise médicale. Elle agit plutôt comme une lampe torche dans une pièce sombre. Elle ne change pas la maladie, mais elle aide à en voir la forme, l’emplacement et les conséquences possibles.

Ce que change la réalité augmentée en consultation

La réalité augmentée, ou AR, consiste à superposer des éléments numériques au monde réel. Contrairement à la réalité virtuelle, qui plonge l’utilisateur dans un environnement entièrement simulé, l’AR ajoute une couche d’information à ce que l’on voit déjà. Dans une consultation médicale, cela peut prendre la forme d’un modèle 3D du corps, visible et manipulable par le médecin et la patiente.

À l’hôpital Chelsea and Westminster, cette technologie est utilisée pour aider les patientes à comprendre leur anatomie et les lésions liées à l’endométriose avant une opération. Pour Aga Mizgala, le bénéfice est très concret : “Je pense que pouvoir réellement voir ce que le médecin explique est très utile.”

Cette phrase résume l’enjeu. En santé, beaucoup d’informations sont abstraites. Un médecin peut expliquer qu’une lésion touche le péritoine, les ovaires, l’intestin ou les voies urinaires. Mais pour une personne non spécialiste, ces mots restent souvent flous. Un modèle 3D joue le rôle d’une carte. Comme sur un GPS, on ne se contente plus d’entendre “tournez à droite”, on voit le trajet.

Le Dr Tom Banton, gynécologue consultant spécialisé dans l’endométriose à l’hôpital Chelsea and Westminster, explique que la maladie se situe le plus souvent dans le bassin. Elle peut affecter les ovaires ou le péritoine, puis s’étendre aux structures voisines, comme l’intestin et les voies urinaires. Dans certains cas plus rares, elle peut apparaître hors du bassin, par exemple sur le diaphragme, voire dans la poitrine.

Pour le chirurgien, l’objectif est délicat : retirer les tissus touchés tout en préservant les organes sains. La difficulté vient notamment du fait que l’endométriose peut provoquer de la fibrose et infiltrer les structures proches. Autrement dit, les tissus peuvent devenir plus rigides et plus difficiles à séparer. Montrer cela en 3D permet de mieux expliquer pourquoi une intervention peut être complexe, et pourquoi elle doit être préparée avec précision.

Une meilleure décision commence par une meilleure compréhension

La valeur de l’AR ne se limite pas à l’effet “waouh”. Son intérêt principal est relationnel et pédagogique. Elle transforme la consultation en échange plus collaboratif. Le médecin ne parle plus seulement “à” la patiente, il regarde “avec” elle une représentation partagée.

Le Dr Tom Banton le formule ainsi : “Cette technologie de visualisation 3D change la façon dont nous discutons de l’endométriose avec les patientes. Nous ne dépendons plus de dessins basiques, nous pouvons explorer en détail les changements anatomiques avec elles lors d’une consultation collaborative, afin de les aider à mieux comprendre leur maladie et l’opération à laquelle elles se préparent.”

Pour une patiente anxieuse avant une chirurgie, cette compréhension peut faire une vraie différence. Quand on ne comprend pas, l’imagination remplit les blancs. Et souvent, elle les remplit avec de l’inquiétude. Voir, questionner, revenir sur un point précis, comparer les zones saines et les zones touchées, tout cela aide à reprendre un peu de contrôle.

Les bénéfices possibles sont donc multiples

  • Clarifier une information médicale complexe sans la simplifier à l’excès.
  • Améliorer le dialogue entre le médecin et la patiente.
  • Préparer mentalement à une intervention chirurgicale.
  • Faciliter le consentement éclairé, car la décision repose sur une compréhension plus concrète.
  • Réduire le sentiment d’être passive dans son parcours de soins.

Bien sûr, pour mesurer précisément l’impact, il faut des indicateurs. Par exemple : niveau d’anxiété avant et après consultation, compréhension déclarée par les patientes, questions posées, satisfaction, taux de report ou d’annulation d’intervention. Si ces données manquent, les établissements peuvent les collecter via des questionnaires courts avant et après l’expérience immersive.

Des usages concrets au-delà de l’endométriose

Formation des soignants

La même logique peut servir à former les équipes médicales et paramédicales. Un modèle 3D interactif permet de répéter des gestes, de comprendre des anatomies complexes ou de simuler des situations rares. Pour un interne, un infirmier ou un manipulateur radio, c’est un peu comme passer d’un manuel papier à une maquette que l’on peut tourner dans tous les sens.

Dans le cas de l’endométriose, l’AR pourrait aider à mieux visualiser les formes profondes, les atteintes digestives ou urinaires, et les zones à risque pendant une intervention. En formation continue, cela peut aussi favoriser un langage commun entre spécialistes : gynécologues, chirurgiens digestifs, urologues, anesthésistes et équipes de soins.

Industrie, commerce et tourisme

Hors santé, le principe reste le même : rendre visible ce qui est complexe. Dans l’industrie, la réalité augmentée peut afficher les étapes de maintenance directement sur une machine. Au lieu de chercher une consigne dans un classeur, le technicien voit la pièce à contrôler et l’ordre des gestes.

Dans le commerce, un client peut visualiser un meuble chez lui avant achat, ou comprendre les caractéristiques d’un produit technique. Dans le tourisme et la culture, l’AR peut faire réapparaître un bâtiment disparu, expliquer une fresque ou guider un visiteur dans un parcours. Dans tous les cas, l’immersion sert de traducteur. Elle transforme une explication abstraite en expérience concrète.

Préparer les patients, un enjeu aussi humain que technologique

Ce que montre l’expérience du Chelsea and Westminster Hospital, c’est que l’innovation utile n’est pas toujours celle qui automatise. Parfois, c’est celle qui aide deux personnes à mieux se comprendre. Dans un parcours de soins, surtout quand il est long, douloureux ou anxiogène, cette dimension est essentielle.

C’est aussi le sens des projets portés par explorations360 dans le domaine de la santé. Avec easycare360, la plateforme permet de concevoir et déployer des expériences immersives adaptées aux parcours médicaux, notamment pour préparer les patients à des situations potentiellement stressantes. Au Centre Hospitalier Saint-Helier, à Rennes, une solution immersive a ainsi été déployée pour l’habituation aux soins de patients anxieux. Ce cas illustre très concrètement l’usage des technologies immersives pour mieux préparer les patients à un parcours médical complexe et potentiellement stressant.

Le témoignage d’Arnaud Girola, Département des Alpes-Maritimes, va dans le même sens : “L'outil est particulièrement intéressant...” Cette phrase rappelle que l’intérêt d’une solution immersive ne se mesure pas seulement à sa technologie, mais à sa capacité à créer de l’adhésion, de la compréhension et de l’apaisement.

Demain, les consultations médicales ne deviendront pas toutes immersives. Mais certaines situations gagneront beaucoup à être visualisées, expliquées et explorées autrement. Pour l’endométriose comme pour d’autres maladies complexes, l’AR ouvre une piste simple : mieux voir pour mieux comprendre, et mieux comprendre pour avancer avec plus de confiance.

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