Grégory Maubon, consultant spécialisé en réalité augmentée depuis plus de 30 ans et animateur du site de référence augmented-reality.fr, a interviewé Philippe Carrez, cofondateur d'explorations360, sur l'avenir du Metaverse. L'entretien vidéo complet est disponible sur YouTube. Voici ce qu'il faut en retenir.
Quand on parle de Metaverse, beaucoup imaginent encore un monde accessible uniquement avec un casque de réalité virtuelle sur la tête. L’image est forte, mais elle ne raconte qu’une partie de l’histoire. L’actualité récente montre même l’inverse : Meta a annoncé la prééminence du mobile pour Horizon, signe que les grands acteurs du secteur réévaluent la place du casque dans les usages quotidiens. Au Japon, cette tendance vers des interfaces plus légères est visible depuis des années.
Dans ce contexte, l’entretien accordé par Philippe Carrez, cofondateur d’explorations360, à Grégory Maubon apporte un éclairage utile. Son point de vue a du poids, car il ne découvre pas le sujet aujourd’hui. Son parcours remonte à 1997, avec Le Deuxième Monde de Canal+, puis à Second Life, où il a lancé la marque subOceana et développé une simulation de plongée pour la fédération PADI. Autrement dit, il observe les mondes virtuels depuis assez longtemps pour rappeler une chose simple : le Metaverse n’est pas une rupture soudaine, c’est une évolution lente.
L’enjeu, pour les entreprises comme pour les responsables formation, innovation ou communication, est donc de ne pas confondre le fantasme technologique et l’usage réel. La bonne question n’est pas : faut-il tout faire en VR ? La vraie question est plutôt : quel outil est pertinent pour quel besoin ?
Une idée du Metaverse plus large que le casque
Philippe Carrez propose une définition claire du Metaverse : un espace numérique persistant et interactif. Dit plus simplement, c’est un univers qui continue d’exister même quand on s’en déconnecte, et dans lequel on peut agir, créer, échanger et retrouver d’autres personnes.
Cette définition est importante, car elle évite un malentendu fréquent. Le Metaverse n’est pas synonyme de réalité virtuelle. La VR peut en être une porte d’entrée, mais ce n’est qu’un terminal parmi d’autres, au même titre qu’un smartphone, un ordinateur ou demain des lunettes connectées. C’est un peu comme Internet : on peut y accéder depuis plusieurs appareils, sans que l’un d’eux résume tout le réseau.
Philippe Carrez ajoute une nuance décisive : un véritable Metaverse devrait être décentralisé. Aujourd’hui, des plateformes comme Horizon World ou VRChat ressemblent davantage à des jardins clos qu’à un espace ouvert. L’utilisateur entre dans un univers contrôlé par un acteur privé, avec ses règles, ses formats et ses limites. Dans une version plus mature, il devrait pouvoir déplacer ses créations, ses biens numériques et ses données d’un univers à l’autre, sans dépendre totalement d’un seul opérateur.
Pour un public non spécialiste, on peut comparer cela à la différence entre louer un stand dans un centre commercial privé et circuler librement dans une ville. Dans le premier cas, tout dépend du propriétaire des lieux. Dans le second, l’écosystème est plus ouvert. Cette question de souveraineté numérique est centrale pour les organisations, car elle touche à la maîtrise des contenus, à la pérennité des investissements et à la protection des données.
Pourquoi la VR n’est pas la solution idéale pour tout usage social
L’un des points les plus intéressants de l’entretien concerne la socialisation. Philippe Carrez défend une idée contre-intuitive pour beaucoup : imposer un casque VR pour interagir socialement est souvent un contresens ergonomique.
Pourquoi ? Parce que la VR immersive a un grand atout, l’intensité de présence, mais aussi deux limites bien concrètes : la fatigue cognitive et l’isolation physique. Porter un casque, se couper visuellement de son environnement réel, gérer une interface 3D et rester attentif à des interactions virtuelles demande un effort. Pour une session de formation, un exercice technique ou une thérapie ciblée, cet effort peut être justifié. Pour des échanges sociaux du quotidien, il devient vite une friction.
L’idée est simple : discuter avec quelqu’un doit rester fluide. Si la technologie ajoute une couche de contrainte, elle freine l’usage. C’est un peu comme organiser une réunion informelle avec un équipement de plongée. L’expérience est impressionnante, mais pas forcément adaptée à une conversation spontanée.
Cela ne veut pas dire que la présence disparaît sans casque. Au contraire, selon Philippe Carrez, le sentiment de connexion dépend beaucoup de l’ambiance, du design de la plateforme et de la qualité des interactions. On peut se sentir proche des autres derrière un simple écran si l’univers est bien conçu. Cette idée est stratégique pour les entreprises : l’engagement ne vient pas uniquement du matériel, il vient du scénario d’usage.
Le retour du réel avec l’AR et les lunettes connectées
L’autre bascule analysée dans l’entretien concerne la réalité augmentée et les lunettes connectées. L’informatique, explique Philippe Carrez, s’est rapprochée du corps humain au fil du temps : d’abord sur le bureau, puis dans la poche avec le smartphone, et désormais sur le nez avec les lunettes. Cette trajectoire est logique, car plus l’outil est discret, plus son adoption potentielle est large.
Dans cette perspective, un “Metaverse du monde réel” paraît plus acceptable socialement que l’immersion totale. Les lunettes ou les interfaces AR permettent de rester en prise avec son environnement, de voir les autres, de continuer à se déplacer naturellement. Pour des usages de guidage, d’assistance ou d’information contextuelle, c’est souvent plus pratique qu’une coupure complète avec le réel.
Mais ce confort a un prix potentiel : la collecte de données. Si un dispositif capte en permanence ce que nous regardons, où nous allons et parfois comment nous réagissons, il ouvre la porte à un niveau de surveillance inédit. L’enjeu n’est donc pas seulement technique. Il est aussi politique, juridique et éthique.
Pour les décideurs, cela implique une vigilance particulière sur plusieurs points :
- quelles données sont collectées
- où elles sont stockées
- qui peut les exploiter
- combien de temps elles sont conservées
- et si l’utilisateur garde un vrai contrôle sur ses usages
L’avenir du Metaverse se joue donc à la croisée de l’utilité pratique et de la vie privée. C’est un terrain d’équilibre, pas une fuite en avant technologique.
Ce que cela change pour les usages professionnels
La position de Philippe Carrez n’enterre pas la VR. Elle la remet à sa juste place. La réalité virtuelle reste très pertinente quand l’immersion apporte une vraie valeur métier.
Formation
Dans la formation, la VR est particulièrement utile pour apprendre un geste, comprendre un environnement complexe ou répéter une procédure sans risque. C’est le cas quand il faut recréer une situation coûteuse, rare ou difficile à reproduire en conditions réelles. On retrouve ici l’intuition déjà présente dans les premières expériences de Philippe Carrez, de Le Deuxième Monde à subOceana dans Second Life, puis à la simulation de plongée conçue pour PADI. Quand il faut faire ressentir un contexte, la VR est un excellent accélérateur pédagogique.
Santé
En thérapie médicale aussi, l’immersion peut être un atout. L’article source rappelle que la VR est un outil exceptionnel dans ce domaine. Elle permet de focaliser l’attention, de simuler un environnement contrôlé et de travailler progressivement certaines situations. Ici, le casque a du sens, car l’objectif est précisément de créer une parenthèse immersive.
Communication et médiation
En revanche, pour des dispositifs destinés à expliquer, valoriser ou faire dialoguer différents publics, une approche plus hybride est souvent plus efficace. Dans un salon, un lieu de visite ou un espace pédagogique, il faut pouvoir regarder, commenter, échanger, revenir en arrière. L’expérience ne doit pas isoler la personne, mais au contraire faciliter la conversation autour d’un contenu.
C’est exactement là que des solutions immersives plus accessibles prennent tout leur sens. explorations360 travaille dans cette logique avec des dispositifs conçus pour rendre l’immersion plus simple à partager. Un exemple concret est le déploiement réalisé pour Cooperl Environnement. Avec easystory360 et un système de pilotage tablette, explorations360 a mis en place une salle immersive interactive pour valoriser les investissements environnementaux de Cooperl Environnement. Le dispositif sert une communication pédagogique et visuelle auprès des publics concernés, ce qui correspond parfaitement à l’idée défendue dans l’entretien : l’immersion est utile quand elle améliore la compréhension et l’échange, pas seulement quand elle impressionne.
Le témoignage de Franck Porcher, chez Cooperl, résume bien cet effet : « Vous avez réalisé mon rêve ! » Ici, la technologie n’est pas présentée comme un gadget. Elle devient un support concret pour raconter, expliquer et engager un public dans un contexte réel de déploiement.
Une transition plus qu’une rupture
La grande leçon de cet entretien mené dans la série de Grégory Maubon est sans doute celle-ci : l’avenir de la VR dans le Metaverse ne se joue pas dans un affrontement entre casque, mobile et lunettes connectées. Il se joue dans une répartition plus mature des usages. La VR garde une force unique pour la formation et certaines applications médicales. Le mobile reste plus naturel pour des interactions fréquentes. L’AR et les lunettes connectées ouvrent des perspectives nouvelles, tout en posant des questions sérieuses sur la vie privée.
Pour les organisations, le bon réflexe est donc de partir des besoins, pas du matériel. Quand l’objectif est de former, convaincre, faire comprendre ou créer du lien, il faut choisir le niveau d’immersion le plus pertinent. C’est aussi dans cette logique qu’explorations360 développe des solutions comme easystory360, easybox360, easykiosk360 ou easycare360, avec une idée simple : rendre les technologies immersives utiles, compréhensibles et activables dans des contextes professionnels concrets.
L’article original est disponible ici : https://www.augmented-reality.fr/2026/04/quel-est-lavenir-de-la-realite-virtuelle-pour-le-metaverse-entretien-avec-philippe-carrez/
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Cet article fait partie de notre veille technologique Veille360, une sélection d'actualités sur les technologies immersives.

