Quand une entreprise a construit des démonstrations, des formations ou des procédures métier autour de Microsoft HoloLens, la question du remplacement matériel devient très concrète. Ce n’est pas seulement une affaire de casque. C’est une affaire de continuité : garder les usages, les contenus, les réflexes de travail, et éviter de repartir de zéro.
C’est dans ce contexte que la prise en main publiée par Skarredghost sur les casques de réalité augmentée de Xvisio Technology mérite l’attention. Après avoir évoqué récemment Shoujing, autre acteur chinois préparant un substitut potentiel à HoloLens, l’auteur découvre cette fois une alternative déjà disponible : la gamme SeerLens de Xvisio.
Pour un public non spécialiste, l’enjeu est simple. La réalité augmentée, ou AR, consiste à afficher des éléments numériques dans le monde réel. Imaginez une notice de montage qui flotte au-dessus d’une machine, un bouton virtuel que l’on presse avec la main, ou une pièce 3D que l’on déplace devant soi. C’est précisément ce type d’usage professionnel que HoloLens a popularisé, et que Xvisio semble vouloir reprendre à son compte.
Un marché professionnel en quête de continuité
Le stand de Xvisio Technology ne se présentait pas seulement comme un stand de casques. Skarredghost raconte avoir été attiré par un robot chien, contrôlé par une personne tenant une manette. Cette manette n’était pas un simple contrôleur VR : elle intégrait son propre suivi 6DOF grâce à deux caméras embarquées, avec une logique comparable à celle des Quest Pro Controllers.
Le terme 6DOF signifie “six degrés de liberté”. En clair, le système comprend non seulement où vous regardez, mais aussi comment vous vous déplacez dans l’espace : avancer, reculer, monter, descendre, tourner, se pencher. Pour une entreprise, c’est essentiel. Un technicien ne reste pas figé devant une machine. Il tourne autour, s’approche, se baisse, pointe une zone précise.
Xvisio ne fait donc pas qu’un casque. L’entreprise travaille sur des caméras, des headsets et des contrôleurs. Mais dans l’article, deux produits retiennent surtout l’attention : les casques AR 6DOF SeerLens II B50R Pro et SeerLens II B50H Max. Le second est décrit comme plus grand et plus performant, tandis que le premier, le SeerLens II B50R Pro, fait l’objet d’une prise en main plus détaillée.
Ce point est important pour les décideurs. Une alternative à HoloLens ne se juge pas seulement sur une fiche technique. Elle se juge sur sa capacité à s’insérer dans des usages existants : formation, assistance terrain, visualisation 3D, maintenance, contrôle qualité.
Le SeerLens II B50R Pro : un casque léger grâce au calcul déporté
Le Xvisio SeerLens II B50R Pro adopte une approche intéressante. Au lieu d’intégrer toute la puissance de calcul dans le casque, Xvisio choisit un design “all-in-two”. Le casque contient surtout le module optique et une partie de gestion des capteurs. L’énergie et le calcul viennent d’un appareil externe : un PC Windows, un téléphone, ou un boîtier dédié.
Dans la démonstration, le casque était relié à un boîtier Seerpad de Xvisio. Celui-ci utilisait une puce Rockchip 3588S, un Xvisio OS basé sur Android, 8 Go de RAM DDR4, ainsi que des connexions Ethernet, Bluetooth et Wi-Fi. Xvisio indique aussi des options avec Snapdragon XR2 ou puce Rockchip selon les configurations.
L’avantage est évident : le casque devient plus léger sur la tête. Le SeerLens II B50R Pro pèse 397 g, avec un format jugé compact. C’est un point clé, car un casque porté dix minutes en démonstration peut sembler acceptable, mais un casque porté dans un atelier, une salle de formation ou un environnement médical doit rester confortable.
La contrepartie est tout aussi claire : il faut transporter un boîtier dans la poche, avec un câble reliant le casque. Dans la démonstration courte, cela n’a pas posé problème. Mais en usage terrain, il faudrait tester la gêne éventuelle : câble accroché, nettoyage, sécurité, mouvements répétés. C’est typiquement le genre de détail qui décide du succès d’un déploiement.
Côté confort, l’auteur note un casque bien équilibré, mais aussi une gêne au niveau du front, le modèle semblant conçu pour une morphologie chinoise. Le maintien repose sur un système de halo autour de la tête, serré par une molette à l’arrière. C’est classique dans l’AR professionnelle, même si cela ne convient pas à toutes les têtes.
Ce que la fiche technique dit vraiment aux entreprises
Le SeerLens II B50R Pro repose sur une technologie optique Birdbath, avec un affichage OLED. Son champ de vision est de 46°, sa résolution de 1920 x 1080 par œil, son taux de rafraîchissement de 60 Hz et sa luminosité de 3000 nits. Il embarque 4 caméras fisheye, 1 caméra de profondeur et 1 caméra RGB. Le suivi des mains est également présent.
Traduisons ces chiffres en usages. La résolution permet de lire du texte de manière correcte, ce que Skarredghost confirme. C’est essentiel pour afficher une consigne, une checklist ou une alerte. Les couleurs sont jugées plutôt vives. Le champ de vision de 46° est exploitable, mais un peu limité, surtout verticalement. C’est comme regarder des informations numériques à travers une fenêtre : si la fenêtre est trop petite, il faut souvent bouger la tête pour voir l’ensemble.
Le choix Birdbath apporte aussi une limite. Les lentilles sont assez sombres, ce qui assombrit fortement le monde réel. L’auteur parle d’une réalité augmentée où le monde autour est très obscurci. En environnement industriel, cela peut être acceptable pour certaines tâches guidées. En revanche, cela exige une analyse de sécurité : visibilité des obstacles, lecture de panneaux, interaction avec des collègues.
Le suivi spatial SLAM est jugé bon, même s’il semble légèrement moins stable que celui de Microsoft. Le SLAM permet au casque de comprendre l’espace autour de lui et de placer des objets virtuels au bon endroit. C’est le GPS intérieur du casque, sauf qu’il fonctionne avec les caméras et les capteurs, sans satellite.
Le suivi des mains fonctionne assez bien pour saisir des objets virtuels ou appuyer sur des boutons. Mais un décalage visible apparaît entre le mouvement réel de la main et la réaction de la main virtuelle. Pour une démonstration, ce retard peut être tolérable. Pour une manipulation précise ou une procédure critique, il faudra mesurer ce délai et adapter l’interface.
Un signal fort : la compatibilité avec les habitudes HoloLens
Le détail le plus révélateur de la démonstration est peut-être le choix du contenu. Xvisio a présenté une démo Unity MRTK, historiquement très utilisée pour montrer HoloLens. Le message implicite est limpide : les entreprises qui connaissent déjà les interfaces HoloLens doivent pouvoir se projeter facilement sur SeerLens.
La démonstration permettait de saisir des objets avec les mains, de les déplacer, ou d’appuyer sur des boutons avec les doigts. Elle était construite avec Xvisio AR Foundation sur Unity, avec des fonctions comme le SLAM, la détection de plans, le partage de cartes et l’ancrage spatial.
Ces fonctions parlent directement aux usages métier. La détection de plans sert à poser un modèle 3D sur une table ou une machine. L’ancrage spatial permet de laisser une information au bon endroit, par exemple une flèche au-dessus d’une vanne. Le partage de cartes peut aider plusieurs utilisateurs à voir des éléments alignés dans le même espace.
Pour une entreprise, cela ouvre une approche pragmatique : ne pas choisir un casque parce qu’il est “nouveau”, mais parce qu’il permet de préserver une partie des méthodes de conception, notamment avec Unity, et de reconstruire moins de choses.
Cas d’usage concrets : de l’atelier à la formation
Formation industrielle
Imaginons un centre de formation qui apprend à de nouveaux opérateurs à intervenir sur une ligne de production. Avec un casque comme le SeerLens II B50R Pro, un formateur peut afficher des étapes au-dessus des équipements : vérifier une jauge, isoler une zone, respecter un ordre de démontage. Le suivi des mains permet d’interagir sans manette, ce qui laisse les mains plus disponibles. La limite à anticiper serait le délai du hand tracking et l’assombrissement des verres, surtout si l’environnement comporte des risques.
Maintenance et assistance terrain
Dans une usine, un technicien peut voir une pièce 3D, une annotation ou une consigne positionnée dans l’espace grâce à l’ancrage spatial. Si l’entreprise utilisait déjà des contenus proches de MRTK sur HoloLens, Xvisio peut représenter une piste de migration à étudier. La méthode raisonnable consiste à tester trois critères : lisibilité des textes, stabilité du SLAM autour des machines, confort après 30 à 60 minutes d’usage réel.
De l’AR portée aux parcours immersifs : le lien avec explorations360
Toutes les entreprises n’ont pas besoin de commencer par un casque AR porté en atelier. Parfois, le bon point d’entrée consiste à créer des parcours pédagogiques immersifs accessibles, reproductibles et faciles à déployer. C’est là que des solutions comme easystory360 et easybox360 prennent tout leur sens.
explorations360 a déployé pour SUEZ des parcours pédagogiques immersifs destinés à des usages en environnement industriel. Ce projet illustre la capacité de la société à concevoir des expériences XR concrètes et opérationnelles pour les entreprises, avec une logique proche de celle évoquée dans l’actualité Xvisio : former, guider, contextualiser, et rendre les situations complexes plus compréhensibles.
Comme le résume Jérôme de Dompsure, SUEZ : « Ce qui avait été convenu a été réalisé en temps et en heure. »
L’intérêt d’une plateforme comme explorations360 est d’aider les organisations à passer de l’idée au déploiement. easystory360 permet de structurer des scénarios immersifs, tandis que easybox360 facilite la mise à disposition des expériences auprès des utilisateurs. Pour une entreprise qui observe les alternatives à HoloLens, c’est une approche complémentaire : tester les usages, former les équipes, puis choisir le matériel le plus adapté.
La montée d’acteurs comme Xvisio Technology montre que le marché de la réalité augmentée professionnelle entre dans une phase plus ouverte. HoloLens a posé des repères, mais les entreprises regardent désormais la disponibilité, la compatibilité logicielle, le confort et le coût global d’usage. La bonne question n’est donc plus “quel casque est le plus impressionnant ?”, mais “quelle expérience immersive aide vraiment mes équipes à apprendre, décider ou agir ?”
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Cet article fait partie de notre veille technologique Veille360, une sélection d'actualités sur les technologies immersives.

