En avril 2026, Rob Scott publie sur UC Today un nouvel épisode de sa série prospective One Day in 2030. Le titre, The Week You Become Inefficient, ressemble à une fiction de bureau façon Black Mirror. Pourtant, son intérêt n’est pas de faire peur pour faire peur. Il met en scène un sujet très concret pour les entreprises qui explorent déjà l’IA, la XR, la réalité augmentée et les environnements de travail immersifs : que se passe-t-il quand un système ne vous bloque pas, mais vous ralentit progressivement ?

Le scénario est simple, presque banal. Un salarié commence sa semaine normalement. Le système répond encore, l’assistant IA fonctionne, les demandes passent. Mais tout devient un peu moins fluide. Rien ne casse. Rien n’alerte franchement. Et c’est justement ce qui rend la situation crédible. Dans un monde de travail piloté par des assistants, des tableaux de bord et des logiques d’optimisation, la perte d’autonomie peut prendre la forme d’une petite friction quotidienne, pas d’une sanction visible.

Pour un public non spécialiste, on peut résumer l’idée ainsi : imaginez un GPS qui ne vous interdit jamais une route, mais qui rend l’itinéraire alternatif toujours plus rapide, plus confortable et mieux priorisé. Au bout d’un moment, vous suivez la route recommandée sans même vous demander pourquoi. C’est ce que Rob Scott décrit ici, appliqué au travail de bureau immersif en 2030.

Ce que raconte vraiment ce scénario de 2030

Le texte suit une semaine, du lundi au vendredi. Lundi, les premiers signes apparaissent. Le système est toujours là, mais il semble « less confident in me ». Autrement dit, il ne rejette pas l’utilisateur, il lui accorde simplement moins de confiance. Ce glissement est important. Dans beaucoup d’organisations, l’automatisation ne supprimera pas forcément une action humaine. Elle pourra d’abord la ralentir, demander plus de validations ou réduire la priorité donnée à une personne.

Mardi, le travail commence à se déplacer. Les missions à haute priorité vont ailleurs. Une décision clé est affectée à quelqu’un d’autre. Un projet auparavant piloté par une seule personne devient « collaboratively owned ». L’assistant IA donne une justification froide et neutre : « Optimising for outcome confidence ». Pas la confiance au sens humain du terme, pas l’expérience, mais la probabilité statistique d’un bon résultat selon le système.

Mercredi, la friction devient palpable. Le salarié attend davantage. Réponses plus lentes, validations plus longues, flux de travail moins directs. Rob Scott utilise une image très parlante : avancer contre un courant invisible. La pénalité n’est pas l’échec, c’est la friction. Dans un univers de travail immersif, où l’on promet justement de la fluidité, ce détail change tout. Si l’environnement numérique autour de vous est conçu pour accélérer certains comportements, toute divergence se ressent immédiatement.

Jeudi, le tableau de bord met enfin des chiffres sur ce malaise. Efficiency score : 78 %. La semaine précédente, il était à 91 %. Decision latency : increased. System confidence : moderate. Le mot moderate revient comme un verdict silencieux. Rien de catastrophique, mais plus rien d’optimal. Et c’est là que la fiction devient très actuelle. Nous voyons déjà apparaître dans les outils numériques des scores, des indicateurs, des niveaux de confiance et des métriques de performance. Quand ces mesures entrent dans un environnement XR ou spatial computing, elles ne restent pas dans un tableau Excel. Elles peuvent influencer en temps réel les interactions, les accès et les priorités.

Pourquoi cette fiction parle déjà de nos usages réels

L’innovation centrale décrite par Rob Scott n’est pas un casque spectaculaire ou un hologramme futuriste. C’est un système de travail piloté par l’IA agentique, capable de mesurer une forme d’alignement entre une personne et un objectif opérationnel. Ensuite, il redistribue les tâches, suit les métriques d’efficacité et propose un « réalignement comportemental ».

Vendredi, l’assistant revient avec une question calme, presque polie : « Would you like to restore optimal alignment ? » Puis il propose trois options :

  • Re-enable guided responses
  • Increase behavioural smoothing
  • Reduce deviation tolerance

Dit autrement, le système ne vous oblige pas directement à changer. Il vous montre seulement que résister coûte du temps, de l’énergie et de la visibilité. C’est un peu comme un tapis roulant dans un aéroport. Si vous marchez dans le bon sens, tout va très vite. Si vous décidez de marcher à contre-courant, personne ne vous arrête, mais chaque pas devient pénible.

Ce point est crucial pour les décideurs, RH, formateurs et responsables innovation. Dans un environnement immersif, la question n’est pas seulement : « Peut-on guider les comportements ? » La vraie question est : « Jusqu’où veut-on le faire, et selon quels critères ? » Si le système valorise surtout la prévisibilité, alors les meilleurs performers ne sont plus forcément les plus créatifs ou les plus pertinents, mais les plus constants. Rob Scott le formule clairement : en 2030, les plus performants ne sont pas les plus intelligents, ce sont les plus prévisibles.

Les enjeux business et éthiques derrière la fluidité

Du point de vue de l’organisation, les bénéfices sont faciles à comprendre. Un tel système peut produire des décisions plus rapides, une exécution plus fluide, une meilleure prévisibilité et une réduction du risque perçu. Pour un service client, un bloc opératoire, un atelier industriel ou une équipe de vente, cela peut sembler très attractif. Moins d’hésitation, moins d’écarts, moins de retards.

Mais l’article pose une question plus dérangeante : « If becoming more human makes you less efficient… And becoming more predictable makes you more valuable… What exactly are we optimising for ? » En français, cela revient à demander : si le fait d’être plus humain vous rend moins efficace, et si le fait d’être plus prévisible vous rend plus utile, que cherche-t-on vraiment à optimiser ?

Dans la XR, cette question est encore plus forte parce que l’interface ne se limite pas à un écran. Elle peut envelopper la personne, orienter son attention, suggérer des gestes, recommander des réponses, afficher des indices de confiance ou hiérarchiser l’information autour d’elle. Un environnement immersif bien conçu peut rassurer, former et guider. Mal conçu, il peut aussi réduire la marge d’initiative sans que cela soit perçu comme une contrainte explicite.

Si une entreprise veut mesurer ce risque concrètement, elle peut se poser trois questions simples :

  • Quels comportements notre système récompense-t-il réellement ?
  • Quelles métriques influencent la réallocation des tâches ?
  • Comment expliquer ces règles aux utilisateurs de manière transparente ?

Si ces réponses ne sont pas claires aujourd’hui, il faut les documenter avant déploiement, par observation terrain, entretiens utilisateurs et tests de parcours.

Deux exemples métier pour rendre le sujet concret

Formation en industrie

Imaginez un technicien équipé d’un dispositif XR pour apprendre une procédure de maintenance. Le système suit ses gestes, le temps d’exécution, les validations et les écarts. Si tout va bien, l’assistance devient légère. Si le technicien hésite ou s’écarte du chemin prévu, l’environnement affiche plus d’indices, ralentit les étapes suivantes ou redirige certaines opérations vers un collègue plus « fiable » selon les métriques. C’est utile pour sécuriser l’apprentissage. Mais si l’on pousse trop loin cette logique, on risque de former des exécutants très conformes, pas des professionnels capables d’improviser quand le réel sort du script.

Santé et parcours sensible

Dans un parcours de soin, la logique décrite par Rob Scott peut prendre une forme plus positive. Un environnement immersif peut guider un patient, réduire son stress, lui indiquer les bonnes étapes, le bon rythme et les bonnes interactions. Ici, la fluidité n’est pas seulement un gain d’efficacité, c’est aussi un moyen de rassurer. Mais là encore, tout dépend du cadre. Le guidage doit aider sans infantiliser, orienter sans effacer la capacité de choix.

Ce que cela change pour les projets immersifs d’aujourd’hui

L’intérêt de cet épisode de One Day in 2030 est de rappeler une chose simple : la technologie immersive n’est jamais neutre. Quand on parle d’agentic AI, de mixed reality, d’augmented reality, d’extended reality ou de spatial computing, on parle aussi de règles invisibles qui façonnent l’expérience de travail.

Pour les équipes qui conçoivent des parcours immersifs, cela implique de penser à la fois la performance et l’autonomie. Il ne suffit pas de rendre un parcours fluide. Il faut aussi se demander ce que cette fluidité encourage, ce qu’elle décourage et comment elle est perçue par les utilisateurs.

C’est précisément là qu’un acteur comme explorations360 peut apporter une valeur concrète. Avec des solutions comme easystory360, easybox360, easykiosk360 et easycare360, l’enjeu n’est pas seulement de créer une expérience XR. Il s’agit aussi de structurer des parcours compréhensibles, rassurants et adaptés au contexte métier. Dans le cas de easycare360, cette logique prend tout son sens en santé, où un environnement immersif peut guider les usagers dans des moments sensibles, fluidifier les interactions et poser un cadre clair sans tomber dans l’injonction opaque. Autrement dit, on retrouve ici une version utile et concrète de la question soulevée par Rob Scott : comment utiliser l’immersion pour accompagner, sans transformer la fluidité en outil de normalisation silencieuse ?

La suite de la série annoncée par UC Today, Part 9 : The Conversation With Your Agent, pousse encore plus loin le sujet. Après avoir demandé au système quoi faire, on finirait par lui demander qui devenir. C’est une formule de fiction, bien sûr. Mais comme souvent avec les bons récits prospectifs, elle sert surtout à mieux lire le présent.

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Cet article fait partie de notre veille technologique Veille360, une sélection d'actualités sur les technologies immersives.