Depuis quelques années, la réalité augmentée en entreprise ressemble à un chantier très prometteur… mais parfois privé de ses meilleurs outils. De nombreuses organisations ont investi dans des casques comme HoloLens ou Magic Leap pour guider des techniciens, former des opérateurs ou visualiser des données directement sur le terrain. Problème : ces deux références ont été arrêtées, laissant un vrai vide pour les usages professionnels.

C’est dans ce contexte qu’un article de Skarredghost, publié après une visite au salon VR AR Expo China à Shanghai, attire l’attention. Sur le stand d’une entreprise chinoise peu connue, Shoujing Science & Technology, l’auteur découvre un casque en préparation : le Shoujing AR-MX2. La société le présente comme un possible remplaçant du HoloLens, avec un lancement prévu autour d’août 2026.

Pour un public non spécialiste, la question est simple : faut-il y voir un gadget de salon, ou le signe que le marché de la réalité augmentée industrielle est en train de se réorganiser ? Comme souvent avec les technologies immersives, la réponse se trouve dans les détails techniques, mais aussi dans les usages très concrets qu’elles permettent.

Un marché professionnel en manque de repères

Le HoloLens de Microsoft a longtemps été l’image même de la réalité augmentée professionnelle. On l’a vu dans l’industrie, la maintenance, la santé, la formation et même l’architecture. Son intérêt était facile à comprendre : au lieu de consulter une notice papier ou une tablette, l’utilisateur voyait des informations numériques directement superposées à son environnement réel.

Imaginez un mécanicien devant une machine complexe. Avec un casque de réalité augmentée, il peut voir quelle pièce démonter, dans quel ordre, avec un schéma flottant devant lui. C’est un peu comme si un expert se tenait à côté de lui, en dessinant les consignes dans l’air.

Mais l’arrêt de HoloLens et de Magic Leap a créé une incertitude. Les entreprises qui avaient commencé à transformer leurs processus se retrouvent avec une question très opérationnelle : quel matériel choisir maintenant ? Le HMS Singray G2 est mentionné comme une alternative possible, mais le paysage reste encore flou.

C’est pourquoi l’apparition du Shoujing AR-MX2 est intéressante. Non pas parce qu’il faut conclure trop vite qu’il remplacera le HoloLens, mais parce qu’il répond à un besoin réel : disposer d’un casque de réalité augmentée 6DOF pensé pour le terrain, les environnements industriels et les usages professionnels.

Ce que promet le Shoujing AR-MX2

Selon les informations recueillies par Skarredghost, le Shoujing AR-MX2 est un casque de réalité augmentée 6DOF, c’est-à-dire capable de suivre les mouvements de la tête dans l’espace. Concrètement, si vous avancez, reculez, vous penchez ou tournez autour d’un objet virtuel, le contenu reste placé de façon cohérente dans votre environnement.

Les caractéristiques annoncées sont précises

  • Affichage : binocular array optical waveguide
  • Résolution : 1920 x 1080
  • Champ de vision : 46°
  • Mémoire vive : 8 GB
  • Caméra : 48 Mp
  • Stockage : 512 GB
  • Batterie : 5000 mAh
  • Audio : haut-parleurs intégrés
  • Système : Android, version 12 ou 14 à définir
  • Connectivité : 5G, Wi-Fi, Bluetooth
  • Positionnement : GPS et BDS, l’équivalent chinois du GPS

Le champ de vision de 46° est inférieur aux 52° du HoloLens 2, mais il reste cohérent avec de nombreux usages industriels actuels. Pour faire simple, le champ de vision correspond à la taille de la “fenêtre” numérique visible devant l’utilisateur. Plus il est large, plus l’expérience est confortable. Mais pour afficher une procédure, une alerte, un repère de montage ou un modèle 3D localisé, 46° peut déjà être utile.

Autre point important : l’affichage par guides d’ondes, ou waveguides. Cette technologie permet de projeter une image dans des verres transparents. Par rapport à d’autres systèmes optiques, elle peut offrir une meilleure qualité d’image et un format plus adapté aux lunettes ou casques de réalité augmentée. L’auteur note toutefois que les verres assombrissent un peu le monde réel, comme sur le HoloLens, ce qui est courant avec ce type d’affichage.

Les détails qui comptent vraiment sur le terrain

Sur une fiche technique, tout peut sembler séduisant. Mais un casque de réalité augmentée n’est pas un smartphone que l’on pose dans une poche. Il se porte sur la tête, parfois pendant de longues sessions. Le confort devient donc un critère business, pas un détail.

Le Shoujing AR-MX2 semble avoir été conçu avec une batterie placée à l’arrière. C’est important, car cela équilibre le poids. Si tout le poids est à l’avant, le casque tire sur la nuque, fatigue l’utilisateur et finit dans un placard. Avec une batterie arrière, l’effet ressemble à un sac à dos bien réglé : la charge existe toujours, mais elle est mieux répartie.

Le système d’ajustement repose sur un halo band avec une molette de serrage, un mécanisme déjà connu sur d’autres casques professionnels. Le design observé paraît plus brut que celui du HoloLens. Difficile de savoir s’il s’agit d’un prototype ou du design final, car l’appareil n’a pas été allumé pendant la démonstration. Shoujing Science & Technology n’a pas souhaité le montrer en fonctionnement, le produit n’étant pas finalisé.

C’est une limite majeure de l’information disponible. On connaît des spécifications, on sait que le casque possède plusieurs caméras et capteurs frontaux, mais on ne sait pas encore comment il se comporte réellement : stabilité du suivi, qualité des hologrammes, autonomie en usage réel, confort après une heure, précision en environnement industriel, compatibilité logicielle.

Le prix annoncé change néanmoins l’équation. Shoujing évoque un ordre de grandeur autour de 10 000 RMB, soit environ 1 500 dollars. Cela reste un investissement, mais c’est nettement inférieur aux prix historiques de solutions comme HoloLens. La société indique aussi pouvoir expédier dans le monde entier, avec un lancement d’abord prévu en Chine.

Pourquoi la 5G peut changer la donne

La présence de la 5G peut paraître secondaire. Pourtant, pour les usages terrain, elle est très importante. Beaucoup de solutions de réalité augmentée fonctionnent bien dans un bureau ou une usine avec Wi-Fi stable. Mais que se passe-t-il sur un chantier, une installation extérieure, un site de traitement de l’eau, une zone logistique ou une infrastructure isolée ?

Dans ces contextes, la connectivité devient le fil électrique invisible de l’expérience. Sans réseau, pas de mise à jour, pas d’assistance distante, pas de données en temps réel. Avec la 5G, un casque peut potentiellement rester connecté hors bâtiment, là où le Wi-Fi n’existe pas ou couvre mal la zone.

Pour un chef de projet innovation, cela ouvre des scénarios plus réalistes. Un technicien peut recevoir une consigne à jour sur site. Un expert peut l’assister à distance. Un opérateur peut consulter une visualisation thermique, un plan ou une check-list sans tenir une tablette. Lors du salon, Skarredghost a d’ailleurs testé un autre appareil Shoujing avec vision thermique et vision nocturne, sous forme de grand dispositif type smartglasses avec écran 2D. Ce n’était pas le AR-MX2, mais cela montre l’orientation terrain de l’entreprise.

Deux cas d’usage à surveiller

Maintenance industrielle

Dans une usine, une raffinerie ou une installation environnementale, les procédures sont nombreuses et les erreurs peuvent coûter cher. Un casque comme le Shoujing AR-MX2 pourrait afficher une séquence de maintenance directement sur l’équipement : vérifier une vanne, scanner une zone, comparer une pièce réelle avec un modèle 3D, appeler un expert si une anomalie apparaît.

Le gain ne vient pas seulement de l’effet “waouh”. Il vient surtout de la réduction des allers-retours entre la machine, la documentation et le superviseur. Pour mesurer l’impact, une entreprise peut suivre des indicateurs simples : temps moyen d’intervention, nombre d’erreurs, temps de formation, satisfaction des opérateurs, incidents évités.

Formation terrain

La réalité augmentée peut aussi aider à former sans immobiliser trop longtemps les experts. Un nouvel arrivant peut apprendre les gestes dans le contexte réel, avec des repères visuels et des étapes guidées. C’est comme passer d’un plan papier à un GPS : l’information arrive au bon endroit, au bon moment.

Dans la santé, le commerce ou le tourisme, le principe est similaire. Un soignant peut visualiser un protocole. Un vendeur peut découvrir les caractéristiques d’un produit en rayon. Un guide touristique peut superposer des reconstitutions historiques sur un lieu réel. Le matériel reste à valider, mais les usages sont déjà bien identifiés.

Passer du casque à l’expérience utile

Un nouveau casque ne suffit jamais à réussir un projet immersif. La vraie valeur vient du contenu, du scénario pédagogique, de la simplicité de déploiement et de l’appropriation par les équipes. C’est là que des solutions comme easystory360 et easybox360 trouvent leur place.

Chez explorations360, l’enjeu n’est pas de courir après chaque nouveauté matérielle, mais de créer des expériences immersives utiles, accessibles et déployables. Dans un secteur proche des usages industriels et environnementaux, SUEZ illustre cette logique avec un déploiement immersif orienté industrie et environnement. Le retour client résume bien l’importance de la fiabilité dans ce type de projet : “Ce qui avait été convenu a été réalisé en temps et en heure.”

Pour une entreprise qui observe l’arrivée possible de casques comme le Shoujing AR-MX2, la bonne approche consiste à préparer dès maintenant les contenus et les parcours. easystory360 permet de structurer des expériences immersives scénarisées, tandis que easybox360 facilite leur mise à disposition dans un cadre maîtrisé. Le matériel évoluera, mais les besoins restent les mêmes : former, expliquer, guider, engager.

Le Shoujing AR-MX2 n’est pas encore une réponse définitive au vide laissé par HoloLens et Magic Leap. Il faudra attendre son lancement, ses tests réels et ses premiers retours d’entreprise. Mais son apparition rappelle une chose : la réalité augmentée professionnelle n’a pas disparu. Elle entre peut-être dans une phase plus pragmatique, où le bon outil sera celui qui fonctionne vraiment sur le terrain, au bon prix, avec les bons contenus.

#RéalitéAugmentée, #InnovationTechnologique, #CasqueAR, #5G, #TechnologieIndustrielle, #ChinaTech, #Waveguides

Cet article fait partie de notre veille technologique Veille360, une sélection d'actualités sur les technologies immersives.