Pendant longtemps, parler de réalité virtuelle ou de réalité augmentée revenait presque automatiquement à parler de casque. Un objet sur la tête, des manettes dans les mains, une expérience à part. Pour beaucoup d’entreprises, cette image reste un frein : on imagine un équipement coûteux, une logistique complexe, des utilisateurs à former, et parfois une adoption limitée.
L’interview publiée par UC Today le 2 juillet 2026, sous la plume de Christopher Carey, apporte un éclairage intéressant. Fabio Esposito, PDG de Leia Inc. et ancien dirigeant de Meta Reality Labs, y défend une idée simple mais importante : les technologies immersives ne se limitent pas aux casques et aux lunettes. Selon lui, « la majorité des gens associent encore l’informatique spatiale à un appareil », alors que « le spatial est beaucoup plus que cela ».
Cette nuance change beaucoup de choses. Si l’immersion peut fonctionner sur les appareils que nous possédons déjà, smartphones, tablettes, ordinateurs ou écrans professionnels, elle cesse d’être une expérience exceptionnelle. Elle devient une nouvelle manière de lire, comprendre, expliquer et décider. Un peu comme le passage de la carte papier au GPS : ce n’est pas seulement le support qui change, c’est notre façon d’interagir avec l’information.
Dépasser le casque sans abandonner l’immersion
L’article de UC Today pose une question centrale : les technologies immersives peuvent-elles aller au-delà du casque ? La réponse de Fabio Esposito est clairement oui, mais sans opposer les supports. Il ne s’agit pas de dire que les casques VR ou AR n’ont plus d’intérêt. Ils restent pertinents pour de nombreuses situations : simulation de gestes, formation en environnement à risque, collaboration à distance, visualisation d’espaces complexes.
Mais réduire l’immersion au casque revient à réduire Internet à l’ordinateur de bureau. C’était vrai à une époque, puis le mobile a changé les usages. La même logique peut s’appliquer à l’informatique spatiale, souvent appelée spatial computing. Cette expression désigne des contenus numériques qui tiennent compte de l’espace, de la profondeur et du contexte autour de l’utilisateur. En clair, l’information n’est plus seulement posée à plat sur un écran. Elle peut être visualisée comme un objet, un volume, une scène ou un environnement.
Leia Inc. travaille justement sur cette passerelle. L’entreprise a développé une plateforme d’affichage commutable, combinant matériel et intelligence artificielle, qui permet à un appareil personnel de basculer à la demande entre un affichage classique et une expérience immersive en 3D. L’idée est très concrète : regarder un document, une image médicale ou un modèle technique en mode standard, puis activer une visualisation spatiale quand cela apporte une meilleure compréhension.
C’est une approche pragmatique. Elle ne demande pas aux utilisateurs de changer complètement leurs habitudes. Elle ajoute une couche immersive là où elle est utile. Fabio Esposito le résume ainsi : « Si vous partez du consommateur et que vous réfléchissez à la manière d’apporter des expériences immersives aux appareils qu’il connaît déjà, c’est là que l’adoption se produit vraiment ».
La profondeur change la compréhension
Le cœur du sujet, dans l’analyse de Fabio Esposito, tient en une phrase : la profondeur change tout. Ce n’est pas une formule marketing, c’est une réalité cognitive assez simple à comprendre. Nous vivons dans un monde en trois dimensions, mais une grande partie de nos outils professionnels restent en deux dimensions : tableaux, plans, photos, schémas, radios, présentations.
Un plan 2D peut être précis, mais il demande un effort d’interprétation. Un volume 3D, lui, parle souvent plus vite au cerveau. C’est la différence entre regarder la photo d’un moteur et pouvoir le faire tourner dans ses mains pour comprendre où passe un tuyau. C’est aussi la différence entre lire une coupe anatomique et visualiser un organe dans son contexte.
Fabio Esposito donne un exemple parlant dans le domaine de la santé : « Il y a une grande différence entre regarder une radiographie sur un écran plat et tourner autour d’un objet comme si vous étiez à côté ». Cette phrase résume bien l’enjeu. L’immersion ne sert pas seulement à impressionner. Elle sert à réduire l’écart entre l’information disponible et la compréhension réelle.
Dans un contexte professionnel, cet écart peut coûter cher. Une consigne mal comprise, un schéma technique mal interprété, un diagnostic mal expliqué ou une formation trop abstraite peuvent générer des erreurs, du stress, des délais ou une perte de confiance. Ajouter de la profondeur, ce n’est donc pas « faire joli ». C’est parfois rendre visible ce qui restait difficile à imaginer.
L’intelligence artificielle joue ici un rôle d’accélérateur. Dans l’approche de Leia Inc., elle contribue à transformer ou enrichir des contenus pour les rendre exploitables dans une expérience spatiale. Pour un public non spécialiste, on peut comparer cela à un traducteur : l’IA aide à passer d’un contenu plat à une représentation plus lisible dans l’espace, quand le support le permet.
Des usages concrets dans les métiers
Santé et relation patient
Dans l’interview, Fabio Esposito insiste sur l’expérience patient. C’est un point souvent sous-estimé. En médecine, le patient reçoit parfois des informations très techniques : IRM, scanner, radiographie, schéma anatomique, compte rendu. Même quand le médecin explique clairement, il peut rester une part d’incompréhension ou d’anxiété.
Une visualisation immersive peut aider à rendre le diagnostic plus intuitif. Le patient ne voit plus seulement une image en niveaux de gris ou une coupe difficile à lire. Il peut mieux situer une zone, comprendre une intervention, visualiser l’évolution d’un problème ou les raisons d’un traitement. Cela ne remplace évidemment pas l’expertise médicale, mais cela peut renforcer le dialogue. Quand le patient comprend mieux, il pose de meilleures questions et participe davantage à son parcours de soin.
On peut imaginer un chirurgien visualisant à distance un patient, ou préparant une explication à partir d’un modèle 3D contextualisé. L’intérêt n’est pas seulement technique. Il est relationnel. L’immersion devient un outil de médiation, comme une maquette que l’on pose sur la table pour parler le même langage.
Industrie, offshore et formation
L’article cite aussi le cas d’un ingénieur consultant des schémas sur une plateforme pétrolière offshore. L’exemple est très concret. Dans ce type d’environnement, les équipes travaillent avec des installations complexes, parfois éloignées, soumises à des contraintes de sécurité fortes. Un schéma plat peut suffire pour une opération simple. Mais dès que l’on parle de maintenance, de circulation dans un espace technique ou d’identification de pièces, la visualisation en contexte devient précieuse.
Imaginez un technicien qui doit comprendre l’emplacement d’une vanne dans un réseau dense de tuyaux. Sur un plan, il doit faire correspondre des lignes, des codes et des repères. En visualisation spatiale, il peut voir l’ensemble comme une maquette interactive. C’est plus proche de la manière dont il va agir sur le terrain.
L’éducation bénéficie du même principe. Fabio Esposito évoque un étudiant observant des électrons tourner autour d’un noyau en temps réel. Ce type d’exemple parle à tous ceux qui ont eu du mal à comprendre une notion abstraite à partir d’un dessin dans un manuel. Voir un phénomène dans l’espace, même sous forme simplifiée, peut transformer une leçon en expérience mémorable.
Vers une adoption plus naturelle des technologies immersives
Le point le plus intéressant de cette actualité est peut-être son réalisme. Fabio Esposito ne dit pas que les écrans traditionnels vont disparaître. Il parle plutôt de coexistence. C’est une perspective crédible pour les entreprises, car les usages professionnels évoluent rarement par rupture totale. On garde ce qui fonctionne, puis on ajoute de nouvelles capacités quand elles apportent une valeur claire.
Cette logique est essentielle pour les responsables formation, innovation, RH ou métiers. Avant de lancer un projet immersif, la bonne question n’est pas : « Quel casque choisir ? » Elle est plutôt : « Quel problème de compréhension, d’apprentissage ou de décision voulons-nous résoudre ? » Ensuite seulement vient le choix du support : casque VR, tablette, écran 3D, borne interactive, vidéo 360, expérience web ou dispositif mixte.
Quelques critères simples peuvent guider la réflexion
- Le contenu nécessite-t-il de comprendre un volume, un espace ou une trajectoire ?
- L’utilisateur doit-il s’entraîner à un geste, ou simplement mieux comprendre une situation ?
- L’expérience doit-elle être individuelle, collective ou accompagnée par un professionnel ?
- Le contexte impose-t-il une solution légère, accessible, transportable ou utilisable en autonomie ?
C’est exactement là que le lien avec explorations360 devient naturel. Le cas présenté par Leia Inc. dans la santé met en avant une immersion plus accessible et plus intuitive pour améliorer la compréhension et la relation médecin-patient. Chez explorations360, cette logique existe déjà dans des usages de terrain. La solution easycare360 a été déployée au Centre Hospitalier Saint-Helier, à Rennes, pour l’habituation aux soins de patients anxieux. Le contexte est différent de l’imagerie médicale évoquée par Fabio Esposito, mais l’objectif rejoint la même idée : utiliser l’immersion pour rendre une situation de soin plus compréhensible, plus progressive et moins anxiogène.
Avec easycare360, l’immersion s’intègre dans le parcours de soin comme un support d’accompagnement. Elle ne prétend pas remplacer le soignant. Elle lui donne un outil supplémentaire pour préparer, rassurer et créer un cadre plus favorable. C’est souvent ainsi que les technologies immersives trouvent leur place : non pas en remplaçant l’humain, mais en facilitant la relation, l’explication et l’expérience vécue.
L’avenir de l’immersion ne se jouera donc pas uniquement dans la puissance des casques ou la sophistication des lunettes. Il se jouera aussi dans sa capacité à apparaître au bon moment, sur le bon support, pour rendre une information plus claire. Si la 3D spatiale devient aussi simple à activer qu’un mode lecture ou un zoom, alors la question ne sera plus « faut-il porter un casque ? », mais « quand la profondeur nous aide-t-elle à mieux comprendre ? »
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Cet article fait partie de notre veille technologique Veille360, une sélection d'actualités sur les technologies immersives.

