Et si la prochaine interface numérique ne se portait plus sur le nez, mais directement sur l’œil ? L’idée ressemble à de la science-fiction, pourtant elle avance par petits pas très concrets. La startup XPANCEO, basée aux Émirats arabes unis, travaille depuis 2021 sur des lentilles de contact intelligentes capables d’afficher de la réalité augmentée et de suivre certains indicateurs de santé.

Mais entre une démonstration de laboratoire et un produit porté toute la journée sur un œil humain, il y a un monde. Dans les technologies immersives, on parle souvent d’écrans, de logiciels, d’intelligence artificielle ou d’expériences utilisateur. On oublie parfois un élément beaucoup moins spectaculaire, mais décisif : l’énergie.

C’est précisément le sujet de l’annonce récente de XPANCEO avec ITEN, startup française basée à Dardilly. Les deux entreprises développent une preuve de concept de lentille de contact AR intégrant une microbatterie à l’état solide. Ultra-fine, flexible et pensée pour un support souple, cette batterie pourrait lever l’un des grands blocages des lentilles intelligentes : fournir assez de puissance, sans danger, dans un objet minuscule porté directement sur l’œil.

Pourquoi les lentilles AR sont plus difficiles que les lunettes AR

Les lunettes de réalité augmentée sont déjà un défi. Il faut y intégrer un écran, des capteurs, une puce, une batterie, une connexion sans fil, parfois des caméras, le tout dans un format acceptable socialement et confortable. Avec une lentille de contact, on réduit encore l’espace disponible. C’est comme vouloir faire tenir l’électronique d’un smartphone dans une feuille de papier humide.

XPANCEO doit composer avec des contraintes très strictes : épaisseur, masse, chaleur générée, choix des matériaux, biocompatibilité et sécurité utilisateur. Chaque gramme compte. Chaque micron compte. Et surtout, tout doit rester compatible avec l’œil, un organe extrêmement sensible.

Le problème énergétique est central. Certaines fonctions simples pourraient être alimentées par récupération d’énergie. XPANCEO cite plusieurs pistes : l’énergie mécanique du clignement des yeux, les différences thermiques à travers la lentille, les réactions électrochimiques avec le liquide lacrymal, ou encore des cellules solaires intégrées. Dit simplement, la lentille pourrait grappiller de l’énergie dans son environnement, un peu comme une montre automatique récupère l’énergie du mouvement du poignet.

Mais afficher une image en réalité augmentée demande davantage. Les fonctions à forte consommation, comme l’affichage AR ou la connectivité sans fil, nécessitent une puissance soutenue de l’ordre du milliwatt, selon XPANCEO. À cette échelle, cela paraît faible. Dans une lentille de contact, c’est énorme.

La microbatterie solide, une réponse possible au casse-tête

Les batteries classiques posent plusieurs problèmes pour un usage oculaire. Elles peuvent être trop épaisses, manquer de durabilité et ne sont pas adaptées à un dispositif en contact direct avec l’œil. Le risque n’est pas seulement technique, il est aussi sanitaire et réglementaire.

C’est là que les batteries à l’état solide entrent en scène. Contrairement à certaines cellules lithium-ion, elles ne reposent pas sur un électrolyte liquide inflammable. XPANCEO et ITEN mettent en avant un argument simple : ces batteries ne fuient pas, ne gonflent pas et n’explosent pas. En cas de panne, le système cesse simplement de fournir de l’énergie.

ITEN ne fabrique pas les grandes batteries solides que l’on imagine pour les voitures électriques ou le stockage domestique, un domaine où travaillent aussi des acteurs comme Toyota et QuantumScape. La société française s’est spécialisée dans la fabrication de nanomatériaux pour produire des électrodes entièrement céramiques, avec une structure mésoporeuse brevetée. En pratique, cela permet à de très petites batteries de délivrer plus de puissance, avec une charge et une décharge plus efficaces.

Depuis mai 2025, ITEN produit en volume sa première génération de microbatteries céramiques à l’état solide. Ces composants doivent être intégrés dans les lentilles intelligentes en développement chez XPANCEO. Pour les deux partenaires, la preuve de concept montre qu’un stockage d’énergie à haute densité de puissance peut être fabriqué en production de volume et intégré de manière sûre dans une lentille de contact.

Vincent Cobée, PDG d’ITEN, résume l’enjeu en expliquant que la combinaison entre stockage d’énergie solide et lentille intelligente ouvre « une nouvelle frontière dans les solutions énergétiques compactes et haute puissance », avec une architecture stable, non inflammable, adaptée aux systèmes où l’espace est limité et les attentes élevées.

Ce que cette annonce dit de l’avenir de l’immersif

Cette innovation ne signifie pas que nous porterons tous des lentilles AR l’an prochain. Les batteries solides restent coûteuses, difficiles à produire à grande échelle et encore peu disponibles. Même si ITEN annonce déjà une production en volume pour ses microbatteries, le passage à un produit médical ou grand public porté sur l’œil demandera des tests, des validations et des garanties très fortes.

Il faut donc lire cette annonce comme une étape, pas comme un lancement commercial. Mais c’est une étape importante, car elle touche à l’un des verrous les plus concrets de l’informatique spatiale : comment rendre la technologie invisible, confortable et sûre ?

Dans l’histoire des technologies, les ruptures viennent souvent de composants discrets. La miniaturisation des processeurs a permis le smartphone. Les capteurs bon marché ont accéléré l’Internet des objets. Les batteries plus performantes ont changé les usages mobiles. Ici, la microbatterie solide pourrait jouer un rôle similaire pour les wearables oculaires, c’est-à-dire les dispositifs portés au niveau de l’œil.

XPANCEO dispose aussi de moyens importants pour avancer. L’article source rappelle que sa dernière levée de fonds, une Série A annoncée en juillet dernier, a apporté 250 millions de dollars à l’entreprise et l’a valorisée à 1,35 milliard de dollars. Ces chiffres ne garantissent pas le succès, mais ils montrent que le marché prend le sujet au sérieux.

Des usages métier à imaginer sans brûler les étapes

Dans l’industrie, une lentille AR pourrait un jour afficher des instructions directement dans le champ de vision d’un technicien. Par exemple, lors d’une opération de maintenance, elle pourrait indiquer la prochaine pièce à vérifier, afficher un couple de serrage ou signaler une zone dangereuse. L’intérêt serait de garder les mains libres, sans casque ni tablette. Mais pour un environnement industriel, il faudra prouver la robustesse, l’autonomie, la sécurité et l’acceptabilité par les équipes.

Dans la santé, les lentilles intelligentes pourraient combiner affichage discret et suivi physiologique. XPANCEO travaille justement sur des fonctions AR et de health monitoring. On peut imaginer des usages pour l’assistance médicale, la surveillance de certains paramètres ou l’accompagnement de professionnels en situation complexe. Là encore, la prudence est indispensable. Un dispositif porté sur l’œil devra respecter des exigences bien plus strictes qu’une application mobile ou un casque VR.

Dans le commerce ou le tourisme, les applications seraient plus visibles pour le grand public. Une lentille AR pourrait afficher des informations sur un produit en rayon, traduire un panneau, guider un visiteur dans un musée ou enrichir une visite patrimoniale. Mais ces scénarios dépendront autant de la technologie que des usages sociaux. Accepterons-nous de porter une interface invisible toute la journée ? Qui contrôlera les données affichées ? Comment éviter la surcharge d’informations ?

Pour les décideurs, la bonne question n’est donc pas « quand remplacerons-nous les écrans par des lentilles ? ». La bonne question est plutôt : quels apprentissages peut-on tirer dès maintenant de cette trajectoire technologique ? La réponse est claire : les expériences immersives utiles sont celles qui respectent le contexte d’usage, les contraintes humaines et la simplicité d’accès.

Rendre ces innovations compréhensibles avec explorations360

Des sujets comme les lentilles AR, les microbatteries solides ou la miniaturisation des systèmes immersifs peuvent sembler lointains. Pourtant, ils concernent déjà la formation, l’innovation et la transformation digitale. Pour une entreprise ou un organisme de formation, l’enjeu est de rendre ces concepts compréhensibles, manipulables et discutables par des publics non experts.

C’est précisément le rôle que peuvent jouer les contenus immersifs bien conçus. Dans un contexte industriel exigeant, Pôle Formation UIMM Bretagne a déployé easybox360 pour diffuser des contenus immersifs de formation de manière autonome. Ce type de dispositif permet de rendre accessibles des sujets techniques complexes, comme les innovations de rupture et leurs contraintes d’intégration, via la VR.

Avec une solution comme easybox360, l’objectif n’est pas de promettre une lentille AR opérationnelle demain matin. Il est de créer un espace d’apprentissage où l’on peut visualiser un système, comprendre ses contraintes, comparer des choix technologiques et engager le dialogue. Pour des formateurs, des responsables innovation ou des équipes terrain, c’est une manière concrète de passer d’un article technique à une expérience pédagogique.

L’annonce de XPANCEO et ITEN rappelle une chose simple : l’avenir de l’AR ne dépend pas seulement de beaux affichages, mais de détails invisibles comme l’énergie, la sécurité et l’intégration matérielle. C’est souvent dans ces détails que se joue l’adoption. Pour les organisations, commencer à explorer ces sujets dès aujourd’hui, avec des formats immersifs accessibles, permet de mieux préparer les usages de demain sans céder à l’effet de mode.

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Cet article fait partie de notre veille technologique Veille360, une sélection d'actualités sur les technologies immersives.