HTC a longtemps été associé aux smartphones. Pour beaucoup, la marque évoque les années où elle faisait partie des acteurs majeurs du mobile. Mais depuis plus de dix ans, l’entreprise taïwanaise vit une transformation profonde. Elle tente de passer d’un modèle centré sur le téléphone à un modèle fondé sur la réalité étendue, l’IA, les lunettes intelligentes et les usages professionnels.
L’actualité récente est intéressante, non pas parce qu’elle annonce un retour spectaculaire, mais parce qu’elle montre quelque chose de plus discret et peut-être plus important : une stabilisation. Selon Taiwan’s Financial Express News, HTC a annoncé lors de son assemblée générale annuelle un chiffre d’affaires consolidé de 292 millions de dollars taïwanais en juin 2026, soit environ 10 millions de dollars américains. C’est encore une baisse de 8,5 % sur un an, et le premier semestre recule de 9,7 %. Dit comme cela, l’information semble peu réjouissante. Pourtant, pour une entreprise en déclin depuis 2013, ce ralentissement de la chute ressemble à un palier.
Pourquoi cela nous concerne-t-il, même si l’on n’achète pas de casque VR tous les matins ? Parce que HTC illustre une question que beaucoup d’organisations se posent aujourd’hui : comment transformer des technologies immersives, parfois perçues comme expérimentales, en usages durables, utiles et mesurables ?
HTC cherche un second souffle dans la XR
HTC n’est plus l’entreprise qu’elle était au sommet de son activité smartphone. En 2018, elle a vendu à Google une partie importante de ses équipes d’ingénierie mobile et de sa propriété intellectuelle. En 2025, elle a également cédé à Google une partie de ses talents liés au matériel XR. Autrement dit, HTC a dû se reconstruire avec moins de ressources, dans un marché où Meta domine largement la réalité virtuelle grand public.
Mais l’entreprise n’a pas disparu. Elle s’est recentrée sur plusieurs axes : les casques XR, les services pour les entreprises, les plateformes immersives, les lunettes connectées et maintenant l’IA. C’est une stratégie de diversification. Un peu comme un ancien constructeur automobile qui ne chercherait plus seulement à vendre des voitures, mais aussi des batteries, des logiciels de navigation et des services pour flottes professionnelles.
Le dernier casque autonome majeur de HTC, le VIVE Focus Vision, est sorti en septembre 2024. Successeur du VIVE Focus 3, il est proposé à 1 150 dollars et vise surtout la XR d’entreprise et les passionnés. L’article source souligne cependant que la stratégie casque de HTC semble avoir ralenti depuis ce lancement. Cela ne veut pas dire que le matériel n’a plus d’importance. Cela signifie plutôt que le casque seul ne suffit plus. Le marché attend des solutions complètes : contenus, plateformes, données, accompagnement, sécurité, déploiement et retour sur investissement.
Pour les entreprises, c’est une leçon utile. Acheter un casque VR sans scénario d’usage clair revient à acheter une salle de formation vide. Le vrai sujet n’est pas l’objet, mais ce que l’on en fait.
L’IA et les lunettes intelligentes changent la logique d’usage
Lors de l’assemblée générale de HTC, Cher Wang, présidente de l’entreprise, a indiqué que l’IA faisait partie des tendances les plus importantes suivies par le groupe. HTC prépare notamment ses premières lunettes intelligentes alimentées par l’IA, les VIVE Eagle, attendues aux États-Unis et en Europe au troisième trimestre 2026.
Les smart glasses ne sont pas simplement des lunettes avec un écran miniature. Leur intérêt dépend de leur capacité à apporter une aide au bon moment, dans le bon contexte. Imaginez un technicien qui regarde une machine et reçoit une consigne de maintenance étape par étape. Ou un commercial qui visualise une fiche produit enrichie pendant une démonstration. L’IA peut jouer le rôle d’un copilote : elle analyse, résume, traduit, guide ou alerte.
La différence avec un smartphone est importante. Le téléphone oblige souvent à sortir de l’action : on baisse les yeux, on cherche une information, on revient à la tâche. Les lunettes, si elles sont bien conçues, peuvent accompagner le geste. C’est cette continuité qui intéresse les entreprises.
Mais il faut rester prudent. Les lunettes intelligentes posent des questions très concrètes : autonomie, confort, confidentialité, sécurité des données, acceptation par les équipes, intégration aux outils existants. La technologie ne crée pas automatiquement l’usage. Elle doit s’insérer dans un processus métier réel.
VIVERSE montre l’importance des plateformes
HTC mise aussi sur VIVERSE, sa plateforme métavers. Le mot “métavers” a beaucoup été utilisé, parfois trop. Pour un public professionnel, il vaut mieux le comprendre simplement : une plateforme immersive où des utilisateurs peuvent créer, partager et explorer des contenus en 3D ou en environnements virtuels.
Cher Wang a indiqué que VIVERSE s’est transformée depuis l’an dernier en plateforme générative par les utilisateurs. En mai, elle aurait attiré plus de 1,7 million d’utilisateurs actifs mensuels, avec plus de 32 000 contenus et au moins 14 000 créateurs. Ces chiffres sont intéressants car ils montrent que l’enjeu n’est plus seulement de produire quelques expériences vitrines, mais de permettre à un écosystème de créer.
C’est la différence entre une brochure papier et un outil de publication. Une brochure est figée. Une plateforme peut évoluer, accueillir de nouveaux contenus, connecter des équipes et faire vivre une communauté. Pour la formation, la communication interne, le tourisme ou la culture, cette logique est essentielle.
Reste le défi central pointé par l’article : transformer ces usages et ces audiences en croissance réelle. Avoir des utilisateurs actifs est une bonne base. Mais il faut ensuite créer des offres payantes, des services utiles, des modèles économiques solides. C’est souvent là que les projets XR échouent : ils impressionnent lors d’une démonstration, puis peinent à s’inscrire dans le quotidien.
Les usages industriels donnent de la profondeur à la stratégie
L’un des passages les plus concrets de l’actualité HTC concerne sa filiale télécom G REIGNS. Avec Taiyang Technology et Microcom, basée en Alaska, G REIGNS travaille sur une solution open radio access network, ou RAN, de bout en bout, destinée notamment au marché américain et aux zones éloignées.
Ce point peut sembler éloigné de la VR. En réalité, il est lié à un enjeu majeur : la connectivité. Les expériences immersives professionnelles, l’IA embarquée et les données en temps réel ont besoin de réseaux fiables. Dans une usine, un port, un hôpital ou une zone isolée, la qualité du réseau peut faire la différence entre un prototype et un service opérationnel.
G REIGNS introduit aussi l’IA, les réseaux 5G privés et l’edge computing dans la pêche hauturière taïwanaise. L’objectif annoncé : une solution intelligente de recherche de poissons pour aider les pêcheries à améliorer l’efficacité de recherche et la prise de décision en temps réel. L’edge computing signifie que certaines données sont traitées près du terrain, au lieu de tout envoyer vers un serveur distant. C’est comme avoir une petite équipe d’analyse directement sur le bateau, plutôt que d’attendre une réponse venue de très loin.
Ces exemples montrent que la XR ne vit pas seule. Elle se combine avec l’IA, la 5G privée, les capteurs, les plateformes et les données métier. Pour les décideurs, c’est un signal fort : les technologies immersives ne doivent pas être pensées comme un gadget isolé, mais comme une brique dans un système plus large.
Deux cas d’usage pour rendre cela tangible
Formation industrielle
Dans une usine, former un nouvel opérateur sur une ligne sensible peut coûter cher. Il faut mobiliser un formateur, arrêter une machine ou prendre des précautions de sécurité. Une expérience immersive permet de préparer l’apprenant avant son passage sur le terrain. Il peut observer les bons gestes, comprendre les risques, répéter une procédure et se tromper sans conséquence.
Avec des lunettes intelligentes et de l’IA, on peut imaginer une étape suivante : l’opérateur est accompagné pendant l’intervention réelle. Les instructions apparaissent dans son champ de vision, l’IA vérifie certains points, et un expert à distance peut intervenir si besoin. Ce n’est pas de la science-fiction, c’est la direction vers laquelle convergent XR, IA et connectivité.
Commerce et démonstration B2B
Dans le commerce ou la vente professionnelle, la VR peut aider à montrer ce qui est difficile à transporter. Une machine industrielle, un espace de production, un chantier, un hôtel ou un site culturel peuvent être visités à distance. Le client ne regarde plus seulement des photos. Il se déplace dans un environnement, comprend les volumes, observe les détails et se projette.
C’est particulièrement utile quand le cycle de vente repose sur la confiance. Montrer un savoir-faire, un atelier ou une chaîne de production permet de rendre visible ce qui reste souvent abstrait dans une présentation PowerPoint.
Ce que cela inspire pour les projets immersifs avec explorations360
La trajectoire de HTC rappelle une chose simple : la valeur de la XR se joue dans les usages. Chez explorations360, cette logique est au cœur des solutions comme easystory360 pour scénariser des parcours immersifs, easykiosk360 pour les diffuser en point d’accueil, easycare360 pour des contextes liés au soin et à l’accompagnement, ou easybox360 pour déployer des expériences VR de manière concrète et maîtrisée.
Dans le contexte de la relance de HTC via la XR, l’IA et les usages professionnels, le projet mené avec le Groupe Max Sauer illustre bien cette approche. Avec easybox360, explorations360 a accompagné un déploiement de visite immersive en environnement industriel. L’objectif : soutenir la démonstration de savoir-faire et la communication B2B dans l’industrie. Ce type de projet montre que la VR peut être un outil de preuve, pas seulement un outil d’image.
Comme le résume Quentin Le Bail : « Ce n'est pas que du discours, vous l'avez vu... »
Cette phrase dit beaucoup. L’immersion permet de passer du déclaratif au vécu. On ne se contente plus d’expliquer un procédé, un lieu ou une expertise. On les fait visiter, ressentir, comprendre. C’est exactement le point commun entre les ambitions de HTC et les usages terrain : la technologie devient intéressante quand elle aide à mieux décider, mieux former, mieux vendre ou mieux transmettre.
HTC n’a pas encore prouvé que son virage vers l’IA, les smart glasses, VIVERSE et les services professionnels suffira à relancer fortement sa croissance. Mais sa stabilisation montre que le marché XR entre dans une phase plus mature, moins centrée sur l’effet nouveauté et plus attentive aux applications utiles. Pour les organisations, c’est peut-être le bon moment pour expérimenter avec méthode : partir d’un besoin clair, choisir un format adapté, mesurer les retours et construire progressivement une vraie culture immersive.
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Cet article fait partie de notre veille technologique Veille360, une sélection d'actualités sur les technologies immersives.

