Quand on parle de réalité virtuelle, on pense souvent au jeu vidéo ou au divertissement. Pourtant, dans certains contextes, elle sert surtout à préparer des professionnels à des situations où chaque minute compte. C’est exactement ce qui se joue aujourd’hui au Kenya, où l’Université de Nairobi explore une nouvelle manière de former les soignants à des urgences obstétricales graves grâce à des casques PICO et à la solution VRiMs.

Le sujet est tout sauf anecdotique. L’hémorragie du post-partum, aussi appelée PPH, reste l’une des principales causes de mortalité maternelle dans le pays. Or, le problème n’est pas seulement de connaître les protocoles sur le papier. Il faut aussi être capable de les appliquer vite, correctement, sous stress, en équipe, parfois après des mois sans avoir rencontré un cas similaire. C’est là que l’immersion prend tout son sens.

Présenté par le professeur Moses Obimbo, directeur du département d’anatomie humaine de l’Université de Nairobi, ce projet montre une idée simple mais puissante : si l’on ne peut pas attendre qu’une urgence réelle survienne pour s’entraîner, il faut la recréer de manière crédible, sans risque pour les patientes.

Pourquoi ce projet répond à un vrai problème de santé publique

Au Kenya, environ 35 % des décès maternels liés à des complications de grossesse sont causés par l’hémorragie du post-partum. La prééclampsie, elle, représente 22 % de ces décès. À elles deux, ces complications pèsent donc très lourd. Moses Obimbo le résume clairement : si l’on agit efficacement sur ces deux premières causes, il serait possible de réduire près de 60 % des décès maternels.

Ce point est important pour comprendre l’intérêt de la VR. Dans beaucoup de métiers, on progresse avec la répétition. Un commercial répète son argumentaire. Un pilote passe par le simulateur. Un technicien répète une procédure de maintenance. En médecine, le paradoxe est plus dur : certaines situations sont rares, mais quand elles arrivent, il faut être immédiatement opérationnel.

Le professeur Obimbo utilise d’ailleurs une analogie très parlante avec l’aviation. Si les pilotes gèrent bien les turbulences, les mauvaises conditions météo ou les situations imprévues, ce n’est pas parce qu’ils les vivent tous les jours. C’est parce qu’ils s’y entraînent régulièrement. Pour les urgences obstétricales, la logique est la même.

L’enjeu devient encore plus concret avec l’évolution des recommandations de l’Organisation mondiale de la santé. L’OMS recommande désormais une intervention précoce dès 300 millilitres de perte sanguine ou en cas de signes vitaux anormaux, au lieu de l’ancien seuil de 500 millilitres. En pratique, cela demande une détection plus rapide, une meilleure coordination, et des réflexes plus solides.

Ce que change vraiment l’entraînement immersif

La solution présentée à Nairobi repose sur des casques PICO et sur le système VRiMs. Son objectif n’est pas de remplacer la formation médicale classique, mais de combler un angle mort bien connu : la perte de compétence quand un geste ou une procédure n’est pas pratiqué assez souvent.

Une formation en salle, avec des slides ou un cours magistral, transmet des connaissances. Une simulation immersive, elle, recrée la pression. C’est un peu la différence entre lire un manuel de natation et entrer dans l’eau. Dans le casque, le soignant doit reconnaître les signes d’aggravation, choisir les bons outils, suivre le protocole, communiquer avec l’équipe et prendre des décisions au bon moment.

Selon les informations rapportées par Nation Media Group et reprises par Nweon, la VR permet ici de simuler une aggravation progressive de la perte de sang, des crises hypertensives ou encore des épisodes convulsifs. Le système fournit aussi un retour en temps réel. Ce point est essentiel, car apprendre ne consiste pas seulement à agir, mais à comprendre immédiatement ce qui a été bien fait, mal fait, ou fait trop tard.

Autre avantage concret, ces modules peuvent être utilisés dans un environnement sûr. Les professionnels de santé peuvent répéter des scénarios critiques autant de fois que nécessaire sans exposer de vraies patientes à un risque. Dans un secteur aussi sensible que la santé maternelle, c’est un changement de méthode très important.

Une approche pensée pour le terrain africain

L’initiative portée par l’équipe End Postpartum Hemorrhage ne vise pas uniquement les spécialistes de haut niveau. Les modules sur l’hémorragie du post-partum sont conçus pour un large spectre de professionnels impliqués dans la santé maternelle : agents de santé communautaire, sages-femmes, officiers médicaux, jusqu’aux gynécologues consultants.

C’est un point stratégique. Une urgence obstétricale ne se joue pas seulement dans un grand hôpital universitaire. Elle peut commencer dans un centre périphérique, avec des moyens limités, loin d’un laboratoire de simulation physique. Une fois le contenu créé dans un centre, la VR permet justement d’élargir l’accès à la formation à des sites plus éloignés.

Autrement dit, on déplace moins les personnes, mais on diffuse mieux l’expertise. Pour les responsables formation, c’est une logique assez proche de l’e-learning, avec une différence majeure : ici, on n’apprend pas seulement en regardant, on apprend en faisant.

Le projet comprend aussi une composante de réalité augmentée. Avec les contrôleurs, les apprenants peuvent sélectionner des instruments virtuels et s’exercer à des gestes qu’ils n’ont parfois jamais rencontrés en situation réelle. L’exemple cité dans l’article est très concret : une déchirure pouvant provoquer une hémorragie du post-partum. Le système montre comment identifier la lésion, comment suturer, et comment arrêter le saignement.

Cette précision change beaucoup de choses. On n’est pas dans une démonstration technologique vague. On est dans un contenu métier, ciblé, aligné sur des difficultés fréquentes en Afrique et directement relié aux pratiques cliniques.

Au-delà de l’effet waouh, la question de la preuve

L’autre signal fort vient du ministère kényan de la Santé. Lois Nyanjau, responsable de la santé maternelle, explique que le gouvernement reste ouvert aux recherches à fort impact et qu’il a déjà intégré dans ses politiques des résultats fondés sur des preuves, notamment avec l’Université de Nairobi sur la prévention et la gestion de l’hémorragie du post-partum.

Son message est mesuré, et c’est une bonne chose. Le ministère considère la VR comme une ressource prometteuse pour renforcer les compétences cliniques, tout en appelant à des essais cliniques locaux robustes et à des études de mise en œuvre. En clair : la technologie intéresse, mais elle doit encore démontrer son impact de manière structurée.

Cette approche mérite d’être soulignée, car elle parle aussi aux entreprises. Dans tout projet immersif sérieux, la bonne question n’est pas seulement « est-ce innovant ? », mais « qu’est-ce que cela améliore concrètement ? ». Dans le cas kényan, les indicateurs à suivre pourraient être, par exemple :

  • le temps de détection d’une hémorragie
  • le respect du protocole étape par étape
  • la qualité de la coordination entre membres de l’équipe
  • la rétention des gestes à plusieurs semaines ou plusieurs mois
  • l’accès à la formation pour des centres éloignés

Si certaines données manquent encore, la bonne méthode consiste donc à organiser un pilote, mesurer avant et après, puis comparer les résultats avec des groupes formés par des méthodes plus classiques.

Des cas d’usage très concrets, en santé et au-delà

Dans la santé, le cas de Nairobi est exemplaire. Il montre que l’immersion est utile quand il faut entraîner des réflexes, pas seulement transmettre un savoir. L’article évoque aussi un autre usage via le casque PICO : l’observation détaillée d’une chirurgie crânienne en 3D, avec vue depuis le plafond opératoire, caméras sous plusieurs angles, explications d’un chirurgien senior, et audio précis sur les instruments demandés et les étapes de suture. Pour la formation clinique, c’est une manière de rendre visible ce qui, d’ordinaire, reste difficile à observer correctement.

Mais la logique vaut aussi dans d’autres métiers. Dans l’industrie, on peut simuler une panne critique ou une intervention de maintenance rare. Dans le commerce, on peut entraîner des équipes à gérer des situations clients tendues. Dans le tourisme ou la culture, on peut préparer des médiateurs à accueillir des flux importants ou des publics spécifiques. Le principe reste le même : s’exercer à des moments rares, sensibles ou coûteux à reproduire dans le réel.

Ce que ce type de projet inspire pour explorations360

Le cas de l’Université de Nairobi montre très bien où une plateforme comme explorations360 peut apporter de la valeur, sans forcer le trait. Dans un contexte de déploiement envisagé d’une solution de formation immersive en réalité virtuelle et augmentée pour entraîner les soignants à la prise en charge des urgences obstétricales, notamment l’hémorragie du post-partum et la prééclampsie, l’enjeu est de renforcer les réflexes, la coordination et l’application des protocoles sans risque pour les patientes.

C’est précisément le type de cadre où easycare360 peut trouver sa place. Pour un client comme l’Université de Nairobi, une solution immersive dédiée au soin peut aider à structurer des parcours de formation clinique continue, à diffuser des contenus standardisés, et à rendre l’entraînement plus accessible à différents profils de soignants. L’intérêt n’est pas seulement technique. Il est organisationnel : mieux partager les bonnes pratiques, mieux répéter, mieux préparer.

Plus largement, explorations360 propose aussi des briques comme easystory360, easybox360 et easykiosk360 pour créer, déployer et diffuser des expériences immersives selon les usages. Dans un projet comme celui-ci, la vraie valeur vient de l’alignement entre contenu métier, objectifs pédagogiques et conditions réelles de terrain.

Au fond, ce que montre l’initiative kényane, c’est que la VR devient intéressante quand elle quitte le registre de la démonstration pour entrer dans celui de l’utilité. Quand elle aide un soignant à mieux réagir au bon moment, elle n’est plus un gadget. Elle devient un outil de préparation, de transmission et, potentiellement, d’amélioration des pratiques.

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Cet article fait partie de notre veille technologique Veille360, une sélection d'actualités sur les technologies immersives.